Ginette Kolinka, passeuse de mémoire

Le 21 mai 2019, Ginette Kolinka, déportée à Auschwitz-Birkenau, témoignait devant nos jeunes à l’hôtel de ville de Dunkerque. Un moment fort, qui a donné envie à Julian Popieul (1S1) ainsi qu’à Mathilde Boussir et Florence Franzen (TES1) d’écrire pour transmettre à leur tour ce témoignage édifiant sur l’horreur de la Shoah. Nous reproduisons ci-dessous leurs articles.

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Ginette Kolinka, déportée à Auschwitz-Birkenau, témoigne face à nos élèves à Dunkerque, le 21 mai 2019. Crédit photographique : Marc Demeure – VDN

Rencontre exceptionnelle avec une rescapée d’Auschwitz

Le 21 mai 2019, différentes classes du lycée, dont la Première ABIBAC, se sont rendues à la mairie de Dunkerque pour rencontrer Ginette Kolinka, une rescapée du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

Une femme très sollicitée

Ginette Kolinka a 94 ans, et pourtant, ces derniers temps, elle sillonne la France. On la retrouvait récemment aux cotés de François Busnel pour l’émission La grande librairie ou le 20 mai dernier sur France Inter. Début juin, elle était accueillie par Laurent Ruquier sur le plateau de l’émission On n’est pas couché à la suite de la publication remarquée de son livre Retour à Birkenau. Dès lors, on comprend mieux l’importance de transmettre la mémoire de la Shoah. Ginette Kolinka n’a d’autre but que de témoigner, certes. Saurons-nous toutefois transmettre le flambeau, sans que la flamme ne s’estompe ? Serons-nous à la hauteur de cette lourde responsabilité ?

Une rencontre singulière et émouvante

Lors de l’échange du matin au cours duquel madame Kolinka retraçait son histoire, l’émotion nous a saisi à maintes reprises… La force de ce témoignage poignant est un levier inégalable pour NE PAS OUBLIER. Au-delà de l’aspect didactique, ce sont toutes ces petites histoires, intimes et personnelles, qui rencontrent la grande Histoire et permettent de mieux la saisir.

À son retour des camps de la mort, Ginette Kolinka pesait 26 kilos… Les détenus avaient un simple sol percé de trous pour faire leurs besoins. Bien évidemment, « on oublie le papier toilette rose, orné de quelques dessins, que l’on prend le temps de choisir au magasin », ironise Ginette Kolinka. « Pas le moindre confetti », insiste-t-elle. Pas question non plus de faire la fine bouche. Aussi, les déportés ne se lavaient pas. L’horreur absolue de leur déportation les a d’abord conduit à étouffer dans un wagon à l’air irrespirable avant de tenter de survivre avec le peu de nourriture qu’ils devaient rationner ; le manque cruel d’hygiène, etc. Comble de l’inhumanité, Ginette Kolinka fut déshabillée, tatouée, et entièrement rasée. Entre détenus du camps, la rescapée raconte aussi les petits gestes de solidarité. Comme cette robe, que lui a offerte son amie Simone Veil. Une robe qui lui permit d’être un minimum protégée de la saleté environnante. Néanmoins, elle se la fit voler, ou « organiser », comme il fallait le dire dans le jargon du camp. Linge indispensable aussi quand elles devaient dormir serrées l’une à côté de l’autre ; tête-bêche ; sans s’être lavées auparavant, dans des pièces étroites. Les vêtements triés par d’autres étaient distribués au mépris de la taille. « Parfois, se souvient-t-elle, certains recevaient deux chaussures du même pied. » Au cours de cette épreuve, le moral de Ginette Kolinka s’effondre peu à peu : son père, son frère ainsi que son neveu sont froidement assassinés par les nazis, la plupart d’entre-eux n’étant pas ou plus en âge de travailler.

Un devoir de mémoire pas si facile

Si parfois, la rescapée n’a pas les mots pour expliquer l’inhumanité dont elle a été victime, elle nous a malgré tout ouvert les yeux et confié une mission : nous sommes les « passeurs de mémoire ». Nous avons pour devoir de transmettre ce flambeau. Y parviendrons-nous alors même que nous n’avons pas vécu ce moment tragique de l’histoire humaine ? Ce que Ginette Kolinka redoute le plus, c’est peut-être encore notre timidité ou notre manque d’assurance pour cette tâche : « J’ai peur lorsque j’entends « ON VA ESSAYER de transmettre », nous confie-t-elle. Lors du déjeuner qui suivit l’échange, certains journalistes, professeurs, le maire de Dunkerque et deux élèves du lycée Angellier ont eu la chance de prolonger l’échange avec madame Kolinka. La question de l’émotion, un moment, a été discutée. S’agissant d’un témoignage ‘’coup de poing’’ et unique par la force de son vécu, comment réussirons-nous à le passer à notre retour ? Comment véhiculer de telles émotions sur des situations extrêmes que nous n’avons pas vécues ? Autant de difficultés réelles qui ne doivent pas refroidir notre ardeur à la tâche et supposent de livrer le meilleur de nous-mêmes ; à chaque instant.

Merci à toi, Ginette Kolinka, pour ce témoignage sans pareil. À nous d’être désormais à la hauteur de la responsabilité immense que tu nous as confiée.

Julian Popieul

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Ginette Kolinka entourée de Mathilde Boussir (à sa gauche) et de Florence Franzen (à sa droite)

RENCONTRE AVEC GINETTE KOLINKA

Le 21 mai 2019, nous avons eu la chance et le plaisir de rencontrer Ginette Kolinka, survivante des camps de concentration d’Auschwitz. Cette femme est à la fois incroyable, drôle ainsi que forte de caractère. Lors d’une conférence tenue à la mairie de Dunkerque, cette dernière nous a conté son effroyable histoire durant l’occupation allemande pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ginette a alors 19 ans et n’a encore aucune idée de l’horreur de la guerre.

Elle nous a raconté son histoire avec beaucoup de calme et d’humour noir et nous a confié, entre autres, que les déportés n’avaient pas le droit d’aller aux toilettes quand ils le voulaient et ainsi ne pouvaient y aller que lorsqu’on les y emmenait. De plus, « les sanitaires » n’étaient que de longues planches parsemées de trous traversant une salle. Ils faisaient leurs besoins dos à dos et n’avaient aucun moyen pour s’essuyer. Croyant que c’était de la terre battue à ses pieds, Ginette s’est alors rendu compte que le sol n’était qu’excréments et urine ce qui faisait de ce lieu un endroit insalubre. En outre, elle nous a montré son numéro de matricule tatoué sur son bras. Lors de ce tatouage, les femmes étaient nues devant les autres femmes attendant leur tour. Pour elle, la honte d’être nue devant des inconnus était plus douloureuse que le tatouage ; la honte masquait la douleur.

Ginette nous a fait participer à cette conférence en nous posant des questions sur les choix que l’on aurait effectués à sa place; nous nous sommes retrouvés alors nous-mêmes confrontés à la situation. Aussi, nous avons pu lui poser des questions auxquelles elle nous a répondu avec attention. Cependant, quelques fois il lui arrive de remettre en question sa mémoire pensant qu’elle s’est imaginée certaines choses tellement que cela paraît terrible, inconcevable, impensable. Mais certains « détails » restent indélébiles comme la robe que Simone Veil lui a offerte. Un geste qui l’a littéralement sauvée en l’aidant à surmonter sa condition.

Lorsqu’une personne lui demande «comment avez vous fait pour pardonner l’humanité?», elle s’est exclame subitement qu’elle ne pardonnerait jamais ce à quoi la HAINE a mené. Cependant, lorsque quelqu’un la questionne sur ce qu’elle mangeait quotidiennement, son humour réapparait soudain: « du caviar et de la langoustine, mais je peux vous dire qu’au bout d’un moment on en a marre ! ».

Lorsque nous avons commencé à l’applaudir, Ginette nous a tout de suite interrompue nous disant que ce devrait plutôt être elle qui nous applaudisse car, l’âge se faisant, il est de notre devoir de préserver cette mémoire qui marquera à jamais l’Histoire. (A la fin de cette conférence, nous nous sommes timidement approchées d’elle afin de lui demander de prendre quelques photos et d’écrire un petit mot en guise de souvenir.)

Mathilde Boussir et Florence Franzen

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